Le mondial du tatouage relance le débat.

Oui, ce week-end, porte de la Villette à Paris, c’est le mondial du tatouage. L’occasion de flâner parmi les œuvres d’art ambulantes, d’admirer le travail minutieux des dieux de l’aiguille, de faire une petite retouche, ou même de se lancer. Aussi, il y en a peut-être parmi vous qui se sont dit « chouette ! Allons-nous faire tatouer notre amour éternel !». Ce « peut-être » remet sur la table l’épineuse question du tatouage par amour. Donc parlons-en. Un bipède avisé, aujourd’hui en vaut cent.

Avant c’était plus simple. On ancrait notre amour dans la mémoire du Monde, anonymement, comme des enfants. On gravait au couteau suisse nos initiales entourées d’un cœur, sur un banc ou sur un arbre, sur les bureaux ou les chaises de nos écoles. On marquait indélébilement notre affection au dos des portes des toilettes du lycée, du Café Chéri, du petit-bar-où-on-avait-été-à-Berlin. Occasionnellement, on scellait nos unions sur le Pont des Arts, qui alors le permettait.

On était content. On avait laissé une trace. On s’était approprié un petit bout de Terre où on allait pouvoir revenir plus tard, plein de nostalgie et de mélancolie, vérifier si notre amour vivait toujours.

Après, il y a eu la démocratisation du tatouage. Et partout ont fleuri roses, papillons et dessins tribaux sur les épaules, dans le bas des dos, sur les mollets… C’était les années 2000. Le tatouage était devenu un truc branché de gens qui s’assument et qui s’affirment. Et chemin faisant, la tendance en est venue à l’exhibition amoureuse. L’amour qu’on portait à un autre était désormais une prise de position, une revendication, a « statement ».

Et donc, tout un tas de personnes stylées, sans honte et sans reproche, se sont fait tatouer le prénom de leur amour éternel du moment. On citera notamment Angelina Jolie et Johnny Depp parmi la farandole d’autres lovers téméraires. La première s’était fait tatouer « Billy Bob » sur le bras, à l’époque où elle était mariée à l’acteur Billy Bob Thornton. Aujourd’hui Billy Bob est parti, le tatouage aussi.

tatouage angelina jolie

Même histoire pour Johny Depp. Il y a 1000 ans, il s’était entiché de Winona Rider. Une passion dévorante. Et bim : tatouage. On connait la suite, « Winona Forever » n’a finalement tenu qu’une grosse somme d’heures.

Johnny depp et winona rider

Plus tard, l’engouement de l’amour éternel exhibé à fleur de peau s’est essoufflé. On a créé un nouveau mot : le détatouage et les cliniques de laser ont fait fortune.

Mais alors ? Quid du « happily ever after », cette légende avec laquel Disney et tous les autres nous ont bassiné, à l’époque où les garçons ça sentait pas bon ? Est-ce qu’il existe, l’amour qui dure toujours ?

Voyons un peu ;

1 – On est pressé. Trop pressé. Tout avoir, tout de suite. Vite, toujours plus vite. Vite trouver quelqu’un, vite se marier, vite faire des marmots. Vite trouver « le bon », vite vivre une idylle à faire baver.

2 – On finit par trouver, et on tombe amoureux, et c’est génial. On est young, happy and in love ! On se croit invincible et après tout, peut-être qu’on l’est. Mais aussi, peut-être pas !

Pour le savoir, il faut attendre. Attendre de voir si l’on sait grandir, évoluer, changer…. ensemble. On n’est pas les mêmes à 20, 30, ou 40 ans. Il parait qu’après, ça se tasse, qu’on change moins. Alors forcément, cela réduit les risques de se lever un matin et de se demander, en regardant, éberlué et halluciné, notre moitié faire le café, ce qu’il nous a pris, il y a tant d’années.

Il semble donc que l’amour éternel, celui qui mérite une altération pigmentaire ou une corde au cou existe bien, il faut simplement patienter. Il saura, c’est sûr, se révéler.

Ne dit-on d’ailleurs pas « tatouage plus vieux, tatouage heureux » ?

dessin tatouages couple