Bon. Je ne pense pas prendre trop de risques en imaginant qu’il nous est à tous arrivé d’être confrontés à une situation illustrable par l’une de ces petites citations là, au-dessus. Alors je pense à Stromae, à Gad, je pense aussi à Norman. Je pense à ces pubs mal cadrées pour le loto (« au revoir au revoir présideeeeent », voilà vous y êtes). Je pense à la campagne d’affichage de la marque innocent, qui retapisse les murs du métro parisien. Je pense à Lena Dunham, artiste de génie, créatrice (de 29 ans !) de la série Girls. OK, et alors…me direz-vous ?. Tous, sans exception parviennent à nous toucher, nous cette masse d’anonymes, au plus profond de nous-mêmes. A qui n’est-il jamais arrivé de retourner en chaussettes dans la salle de bain après sa douche, de se sentir piteusement proche du chien mouillé, après une averse sans parapluie, alors que notre copine, elle, s’est subitement métamorphosée en Gigi Hadid en plein photo shoot sous une cascade. Qui ne s’est pas reconnu à un moment où à un autre en écoutant les vannes de Norman sur « les ex », « les diners de familles » ou même sur un sujet aussi désuet que celui d’ « avoir un chat ». Comment rester impassible devant ce pauvre fou hilare, en caleçon devant son boss ? Comment ne pas sourire quand, l’esprit encore embrumé par le sommeil on peut lire en très gros en attendant son métro : « Bravo. Vous y êtes arrivés. Vous êtes sortis du lit ». Qui d’entre nous ne saurait être touché par le très clair message de Dunham : « Peu-importe qui tu es, à quoi tu ressembles, si tu y crois tu y arriveras » ?

Ces créateurs, ces publicitaires, ces humoristes à l’œil avisé sont des petits filous. Ils savent nous toucher là où il faut parce qu’ils ont compris : nous sommes véritablement tous les mêmes. Il est vrai que nous cohabitons avec certains aliens pour qui le REVEIL n’est pas un aperçu de l’enfer, il est vrai aussi que certains d’entre nous ne sont JAMAIS en retard et ne connaissent pas la sensation délicieuse du tissu mouillé sous la plante des pieds. Mais on leur pardonne. Parce qu’il y a fort à parier que, comme nous, ils ont eu peur, ils ont eu mal, ils ont pleurés. Parce qu’eux aussi, comme nous, cherchent leur place, l’amour, leur petit coin de paradis. Peut-être ne l’avoueront-il pas, et qu’importe. Ce qui importe c’est de se rappeler toujours que l’écrasant sentiment de solitude induit par le sacro-saint culte de la mise en scène, et auquel on voudrait nous faire croire est un leurre. Alors on se pardonne à nous, à eux, et haut les cœurs.

TOUS LES MEMES