Le slow-dating : la qualité dans la rencontre mieux que la quantité ?

Stéphane était mignon. Malheureusement, les choses furent irréversiblement compromises au moment même ou il prononça nonchalamment les mots « mon amour », au cours de notre troisième rendez-vous. Pour Ludo j’ai su tout de suite que ça n’irait pas loin. La calvitie était déjà trop avancée, plutôt inquiétant pour le reste de la trentaine. Marc, lui, était parfait. Aucune tendance à utiliser des mignonneries prématurément, une implantation capillaire irréprochable et même un air de Armie Hammer. Dommage, il a parlé de lui pendant deux heures. C’est fou le nombre de déceptions que l’on peut avoir en deux semaines de Tinder swapping. On m’avait bien conseillé Happn mais je n’arrive pas à franchir le pas. Il semble que je sois… désabusée.
Et s’il existait un autre moyen ? Un autre moyen pour que je rencontre mon âme sœur, pour que je tombe follement amoureuse, pour que plus jamais je ne me fasse narguer par cette maudite case « +1 » sur les cartons-réponse des invitations de mariage ? Once, la nouvelle appli de slow-dating allait être la réponse à mes attentes. Fini le browsing frénétique de tous ces BG apprêtés, Once s’occuperait de tout : une rencontre par jour, c’est ce que propose Jean Meyer, le créateur. Un match, soigneusement sélectionné par ses équipes. Pour preuve, la question en guise de slogan : « qui allons-nous choisir pour vous aujourd’hui ? ». J’allais enfin le rencontrer, mon amour algorithmé. Oui, parce qu’on s’en doute, il y a une formule magique. L’amour, le grand, n’arrive pas par hasard, si ? Chez Once, on se base sur l’idée que les deux facteurs clés au succès d’une rencontre sont l’attirance physique et le background social (c’est Bourdieu qui serait content). Grâce à eux, j’allais être préservée des risques de me retrouver en blind date avec un fonctionnaire ou pire, un membre des blue collars ! Pain béni cette nouvelle appli, ma vie allait changer c’est sûr. Les jours allaient passer et mon idéal apparaitrait sur mon écran un beau matin et nous serions à l’abri de la mixité sociale, des bébés disgracieux, nous vivrions heureux et aurions beaucoup de (beaux) enfants…
But, wait ! En y réfléchissant, Cendrillon n’était-elle pas toujours une souillon lorsque le prince lui rendit son soulier de verre ? Et maintenant que j’y pense, sans remonter à la littérature enfantine, qu’en est-il de Carrie et Mr Big, Bridget et Marc, Allie et Noha, Ana et Christian, Elisabeth et Mr Darcy ? Quelle fortune ont-ils eu d’échapper aux entremetteurs 2.0. Ces derniers n’auraient certainement pas parié un kopek sur leurs chances de succès, compte tenu de leur degré de compatibilité initial. Et OMFG ! Quand je pense que Jane Austen, au 18e siècle ( !) militait déjà, à travers ses œuvres et ses personnages pour la proscription de l’ingérence parentale dans la « vie amoureuse » de leur progéniture. Les mariages arrangés, les rallyes, auraient-ils ressuscités sous une forme déguisée, à notre insu ? Notre impatience et notre exigence nous auraient-elles fait reculer de 200 ans ? Avons-nous cessé de croire à l’amour ? Je n’y crois pas. Je n’y crois pas parce que même s’il y a Tinder, Happn ou même Once, il y a aussi Mon Roi de Maïwenn, ou L’homme irrationnel de Woody Allen. Des histoires d’amour qui n’ont rien d’extraordinaire, hormis le fait qu’elles ne sont pas manufacturées et qu’elles continuent de faire rêver. Non, je ne crois pas que j’ai cessé de croire à l’amour. Je crois que c’est en moi que j’ai cessé de croire. Parce que je l’attends depuis trop longtemps, mon prince charmant. Alors pourquoi ne pas utiliser les outils à disposition ? C’est vrai, pourquoi se priver d’une petite soirée sympa avec un inconnu, sait-on jamais ! And it’s Ok. Pour l’Amour, en revanche…. Inutile de s’en remettre à autre chose qu’au hasard. Parce qu’en dépit de ce que l’on pourrait se laisser penser, l’amour ne se calcule pas, ne se réfléchit pas, ne se programme pas. L’amour est imprévisible et indomptable. L’amour est libre et se pose là où ça le chante. Alors merci à Tinder, à Happn à Tutti Flirty, à Once. Merci, mais non merci.