L’exposition-évènement « Splendeurs et misères – Images de la prostitution en France (1850-1910) », organisée conjointement par le musée d’Orsay et le musée Van Gogh d’Amsterdam, se termine malheureusement ce dimanche 17 janvier. La prostitution d’hier en France, ses filles de joie, ses maisons. Errance vers le mélancolique.

Depuis le 22 septembre dernier se joue dans le Musée d’Orsay, derrière des couloirs labyrinthiques et parmi des salles bondées, un bien curieux spectacle, intime et chorégraphié, sensuel et esthétique. Un retour au primitif par une époque faussement lointaine où l’activité prostitutionnelle se cachait sous un masque. Son apparence, plus gaie et colorée, festive et élégante, offrait des plaisirs solitaires à une foule décomplexée. Cette époque, c’est celle des maisons closes, dont l’ère « s’est achevée, il y a soixante-dix ans, en décembre 1945, lorsque, sur proposition de Marthe Richard, le conseil municipal de Paris décida d’abroger les règlements de tolérance ». C’est celle aussi de ces femmes clandestines, régulières ou occasionnelles, bourgeoises ou miséreuses. Sujets et objets du désir, les prostituées fascinent et inspirent, les artistes comme leur public.

Splendeur et Misère est le titre conjoint des deux tableaux d’Ernest Ange Duez (1874). L’un présente la vertu et la jeunesse d’une femme, l’autre sa déchéance. Seul Splendeur est accroché à Orsay, le second ayant disparu. Au-delà de sa qualité littéraire, le titre de l’exposition, référence à Balzac, révèle les multiples ambiguïtés de la prostitution saisie par bon nombre d’artistes, parfois obsédés par l’univers. La représentation de ces femmes, mystérieuses et insaisissables, soumises, dominantes, à l’air aguicheur ou bien à la mine triste, provoque un trouble, une émotion. Nous découvrons le beau et, sans en être conscient, nous désirons, inspirés, à notre tour, par ces scènes fantasmagoriques. Parmi elles, une femme, une seule, retiendra davantage notre attention, son visage nous restera. Son expression, sa beauté et sa terrible fatalité. Appelons cette femme Madame plutôt que Rousse, Olympia ou, plus simplement, Tête de prostituée. La peau blanche de l’ Irman Brunner de Manet nous aura fait pensé au personnage de la femme qui rit dans le huit clos de Bertrand Bonello, L’Apollonide, souvenirs de la maison close (2011).

prostitution, spendeur et misère