Si vous le cherchez dans notre société actuelle, inutile d’aller bien loin, vous le rencontrerez partout. Le sexe ne se cache plus mais s’affiche, quitte la marge pour la norme et le privé pour le public. Le sexe s’expose. On en parle et on en fait, on s’en lasse et on en manque. Serions-nous prématurément devenus insensibles à sa représentation ? Le sexe désignerait-il encore l’objet de notre désir ? Il faut préciser : de quelle représentation parlons-nous ? De quels écrits et images, fixes ou en mouvement ? Peut-être serait-il bon de se plonger dans l’imaginaire du cinéma, univers de fantasmes et de fictions, avant de répondre à ces quelques questions.

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Robert De Niro et Gérard Depardieu dans le film 1900 de Bertolucci

Voilà bien longtemps que les cinéastes s’intéressent à ce thème, trahissant parfois chez eux une véritable obsession. Certains se sont confrontés à la censure d’une époque et d’une culture, d’autres
s’y heurtent encore, les plus chanceux ont vu leur film en salle – avec toutefois le risque qu’un -16 passe à un -18… Mettre en scène le sexe, le montrer et le cacher, parler à travers lui de sexualité : telles ont été et sont encore les ambitions de certaines œuvres filmiques.
Comme à peu près tous les ans à la même époque, les magazines parlent de voyages et de légèretés, de romantisme et de relaxation, de sensualité et bien sûr…. de sexe. Les Inrocks publient leur hors-série habituel et des dossiers sont d’ailleurs consacrés au sujet. Cette année, on avait même droit à la sortie du film Love de Gaspar Noé. De bons préliminaires.

L’été, c’est aussi la saison où de nombreux sites proposent leur classement des scènes cinématographiques les plus hot. Parmi diverses playlists d’extraits, certaines sélections se démarquent par un commentaire averti et pédagogue. Sur ce sujet et sur bien d’autres, on pense aux talentueux montages du magazine « Blow Up » d’Arte, partenaire des Inrocks. En 2012, leur recut autour de l’érotisme dans le septième art est mis en ligne : « Erotisme et toucher au cinéma », « Erotisme et voyeurisme au cinéma ».

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« Il y a trois ans, nous consacrions notre numéro d’été à l’érotisme avec une ambition aussi joyeuse que théorique. Pourquoi y revenir ? Parce que dans le cinéma récent l’érotisme reste trop souvent en souffrance : d’un côté la plupart des films s’en débarrassent, par puritanisme, et la chair déserte les écrans à mesure qu’elle envahit Internet ; de l’autre des films récents posent la question du sexe de manière spectaculaire, mais comme un problème. Cette année, les sorties de Cinquante nuances de Grey et du Love de Gaspar Noé n’ont fait du sexe qu’un produit d’appel, une caricature d’érotisme. ».

L’ouverture des Cahiers du Cinéma de juillet-août, signée Stéphane Delorme, nous interroge : quelle serait la place actuelle du sexe dans le cinéma ? Comment expliquer cette impression d’en voir partout s’il n’y en a nulle part, ou presque ? La réflexion pousse à l’analyse.

Cet été, c’est au tour de l’élégant GQ de présenter sa sélection de scènes torrides au cinéma. Vingt-six extraits rapidement commentés, l’ordre n’y est pas chronologique. De la scène des échecs de L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison (1968) au show public de Rita Hayworth dans Gilda de Charles Vidor (1946). De Flashdance (1983) au Dracula de Coppola (1992) en passant par le fameux film testament de Stanley Kubrick, Eyes Wide Shut (1999). Le dossier nous offre un bel aperçu de l’érotisme dans le septième art. Un corps féminin en ombres chinoises, une main qui se dénude de son gant, des pieds que l’on bande. Une caméra qui s’éloigne et se rapproche, qui filme et dissimule. Tout film, toute scène peut provoquer un trouble érotique.

« L’érotisme désigne une émotion. Un des enjeux d’aujourd’hui est de cesser de parler des films comme s’ils étaient détachés de nous, et de s’attacher plutôt à préciser les émotions que l’on ressent » poursuivait Stéphane Delorme…

Restons curieux et (c)ouverts.