La sortie en salles du film Bang Gang d’Eva Husson, courant d’air frais dans le cinéma français, est l’occasion de réfléchir à un phénomène actuel : celui de l’influence des nouvelles technologies sur les jeunes et leur sexualité.

Cette semaine, dans le silence d’une salle obscure, nous avons pénétré une sphère visuelle et lumineuse. Celle d’une réalisatrice française formée aux Etats-Unis, Eva Husson, qui, après la pub et les clips, signe ici son premier long métrage. Bang Gang. Titre sulfureux, tape-à-l’oeil, moderne et intriguant. L’affiche insiste. De la jeunesse, du sexe, mais aussi de l’esthétisme. Inspiré d’un fait divers américain, le film dresse le portrait d’un groupe d’adolescents, de classe moyenne supérieure, loin de la ville, proche de la mer. A chacun sa situation familiale mais un même quotidien pour tous : les cours, les potes, l’ennui. Un désir de vie immense et pourtant une léthargie. Alors ils provoquent, transgressent, expérimentent. Ils comblent le vide à leur manière et d’une manière parfois bien vide. Le film n’est pas un portrait de la jeunesse, il n’a pas cette prétention, il propose un regard vers une jeunesse et une génération, un regard fantasmé et inconscient, assurément mis en scène mais intiment lié à notre époque actuelle.

Nés à l’aube du nouveau millénaire, les adolescents de cette génération sont ultra-connectés grâce aux nouvelles technologies. Ils forment une communauté aux frontières floues où le virtuel s’impose constamment au réel. Véritables repères pour jeunes en manque, Internet et ses réseaux envahissent leur quotidien. Sur la toile, ils partagent tout, c’est-à-dire rien. Ils mettent en scène le réel pour le virtuel, ils pensent virtuel avant réel, ils sont victimes car fragiles. Ils sont libres pourtant, libres d’esprit, libres sexuellement. Leurs rêves et leur désir sont grands.

gang bang

Pour la plupart, le sexe ne relève pas de l’interdit, il est devenu norme. Du sexe désinhibé, inconscient, sans limite. Du sexe pornographique. Dans Bang Gang, une des héroïnes, blonde filiforme au visage envoûtant, s’appelle George. Sans « s ». Par ennui et détresse amoureuse, elle propose un jeu, collectif et charnel : une orgie entre amis. Inoffensif, jouissif, libérateur. Les garçons voient plus grand et pensent Internet, inconscients, à tort, de ses dangers. Retour à la réalité, l’arroseur finira arrosé.

Sexe et jeunesse entretiennent des liens ambigus. La révolution d’hier a laissé place à un sentiment de perte, de confusion. Notre époque postmoderne, son culte des images et sa libération des mœurs entraînent des dérives et de l’excès, notamment chez les adolescents, en pleine recherche identitaire. Certains parents s’en inquiéteront, d’autres moins. Jeunes, ils ne sont plus et quelque part, ils le regrettent. Françoise Sagan disait de la jeunesse qu’elle était la seule génération raisonnable. Elle le demeure par sa quête de liberté. Bang Gang est un film libre.