Dans la liste des pires choses qui succèdent à une rupture, la nouvelle absence de sexe se situe plutôt dans le quart nord de l’enchainement de « bullet points ». De tout ce que l’on regrette, cette récente perte de connexion charnelle constitue un inconvénient majeur. Rihanna le sait : quoi qu’il arrive, la solution est plus bas.

A l’écoute des premières notes, on se demande pourquoi Virgin Radio et toutes les autres ont décidé de programmer un morceau qui sonne déjà beaucoup trop comme le générique d’un TV show des 90’s, i.e. Melrose Place, Sunset Beach ou autres dessous de Palm Springs. Ah, mais non ! Quelques mesures plus loin, la lumière revient. On écoute Kiss it Better, la nouvelle de Rihanna.

Deuxième tire de l’album Anti, c’est le clip plutôt que le morceau qui a fait couler l’encre. Seule, sensuelle, tour à tour dénudée, recouverte d’un drap fluide et immaculé, Rihanna est sublimée. Tournée en noir et blanc, et imaginée par Craig McDean, photographe de mode et de stars de renom, la vidéo est d’une indiscutable beauté visuelle, qui balance avec goût et subtilité les plaisirs de la chair au premier plan.

Kiss what better ?

Alors qu’elle tente de le séduire, à travers tout un enchaînement de poses savamment suggérées, jouissant de ces courbes parfaites, du pouvoir charnel dont elle se sait maîtresse, Rihanna tease son ancien mec (who d’ailleurs… ?). Elle lui enjoint de renoncer à sa fierté, de se rendre à l’évidence, de la rejoindre, de « Kiss it better » et lui rappelle élégamment qu’il est inutile d’aller chercher une chimie plus explosive en quelque autre contrée. Et si l’on en croit le spot autour duquel gravitent les petits dés, sur le corps de Miss R., on se pose moins de question sur ce que Mr Mysterious Man is supposed to kiss.

Souvenir souvenir ?

Avant d’être en mesure de voir la fin d’une histoire comme le début d’une nouvelle il, y a d’abord ce passage obligé par la phase de vide intergalactique, divisible en 7 points : 1) On va mourir, 2) On ne dormira plus jamais, 3) Personne ne nous aimera plus jamais et d’ailleurs on s’en fout, 4) On n’aimera plus jamais, 5) On ne baisera plus jamais, 6) Il n’y a pas assez de lexo sur Terre (ni dans l’armoire à pharmacie de notre tante qui n’est PAS dépressive),pour atténuer l’étouffant sentiment de vide, ce vide suffoquant, 7) la vie ne sera plus jamais qu’une corvée, une épreuve, un repas pantagruélique sans sel sur un estomac noué. Un programme du tonnerre, en somme.

Pourtant, chose surprenante : alors qu’on parcourt, l’air hagard et l’œil morne, la longue traversée du désert sentimental et émotionnel post break-up, et malgré la suggestion du point 5), la libido est loin d’être la dernière à se réveiller.

Et généralement, elle se rappelle à nos consciences alors qu’on est busy à gérer les insomnies réglementaires. Durant ces heures nocturnes à se balader parmi les souvenirs de « nous » hilares et courant sous la pluie pour arriver jusqu’au ciné, « nous » seuls au monde au milieu de la foule ou « nous » tout court, vient toujours un moment où « nous » ensemble s’impose parmi les souvenirs édulcorés de notre histoire achevée.

Rompre sucks terriblement

Pire encore. Maintenant et pour un temps on doit se contenter de la version non-littérale de l’expression « breaking-up sucks ». Alors que « nous », malgré tout on savait s’engueuler mais on savait aussi s’aimer – à comprendre au sens shakespearien. On se délectait l’un de l’autre dans une danse aussi sensuelle que sexuelle, aussi tendre que bestiale. On savait s’effleurer, se toucher, échanger, se parler, s’écouter, se sublimer. L’incandescence de notre union explosive animée et allumée par nos deux corps, experts en l’un et en l’autre, doit alors continuer de brûler. C’est en tout cas ce que l’autre côté du lit, désormais douloureusement plein de vide semble nous intimer.

Et pourquoi pas ?

Est-il écrit quelque part que la fin d’une relation entre deux âmes doit mettre un terme à celle entre leurs deux corps ? En y pensant, ça l’est certainement dans quelque précis de psychologie.

Au diable le bon sens et la raison, quand c’est si bon.

So come on baby. Come and kiss it better.