krGkIejDaFo

Amélie Blaustein Niddam : “Ma première question Julia : Qui est Docteur Love ?”

Julia Palombe : “*rires* Alors, Docteur Love est une super héroïne de l’amour. J’ai pris le personnage de la “pin up rock science fiction” qui m’intéressait depuis un moment . Jusque là j’étais dans les codes à la Betty Page. On voyait beaucoup dans l’album “Nu” que j’utilisais la cravache, même des codes SM soft. Sur scène, j’entrais avec des bandeaux sur les yeux. Là j’avais vraiment envie de rentrer dans le truc futuriste. J’ai été choquée par les attentats. Après j’ai pensé : “ok contre toute cette propagation de la haine il est temps d’être dans l’amour”. Mais dans l’amour violent, dans un amour qu’on décide vraiment! combatif! Je pense que ça ne suffit plus de dire simplement « peace and love » de façon soumise. On n’est plus dans les années 70. Il faut être beaucoup plus actif dans notre manière d’aller envoyer de l’amour. Du coup, quel meilleur personnage qu’une espèce de nana de science-fiction en super héroïne ?”

ABN : “Pourquoi un docteur ?”

JP : “J’aurais pu l’appeler Héroïne de l’Amour mais Docteur Love, ça c’est artistique. J’ai bien aimé Docteur de l’Amour; dans la chanson, c’est celle qui soigne. Après je dis “viens là je t’injecte mon meilleur produit” je parle de cyprine… *rires*. Et il y a eu ce gif sur Facebook où un faisceau lumineux sortait d’un sexe. Voilà l’idée de Docteur Love.”

ABN : “Pourquoi Love et pas Amour, pourquoi l’avoir employé en anglais ?”

JP : “Très bonne question, surtout que je suis une fanatique de la langue française. Je chante en français, je défends ardemment la langue française, la sonorité et le vocabulaire, la sensualité tout ça. Là, pareil pas de réponse. Juste le fait que ce soit artistique. Je suis tombée dessus, ça m’est venue comme ça, je n’ai pas voulu changer en français, un clin d’oeil car tout l’album est en français.”

ABN: “En écoutant ton album j’étais assez surprise car tes textes sont vachement romantiques”

JP : “Oui je suis romantique punk!”

ABN : “Et en te voyant sur scène, on se dit que pas du tout. Est-ce que t’as envie de faire avancer les choses en réalisant enfin la fusion de la maman et la putain ?”

JP : “Complètement, alors là complètement ! Il était question que j’écrive une chanson que je voulais intituler Mama Puta, parce que justement je voulais parler de cette fusion là. Et puis finalement cette idée avait été écartée mais enfin momentanément. Je me suis rendue compte qu’avec l’album de la tournée précédente c’était une question qui revenait à chaque fois : ah sur scène vous êtes un emblème du sexe, vous avez un sex appeal etc. et puis on sait que dans la vie vous êtes maman… Et ça m’énervait. Comme si la maman n’avait pas le droit de jouir, comme si la maman n’avait pas le droit d’avoir une liberté sexuelle. Non seulement, je veux revenir à la maman-putain, mais en finir avec ce mythe, que l’engagement c’est être dans le placard. Les femmes mariées, les femmes engagées ne sont pas dans un congélateur en attendant qu’on les réveille. Elles baisent et elles jouissent. Oui oui incroyable mais vrai ! C’est fou !!”

ABN : “Tu te définis comme romantique punk ? Es-tu à l’ancienne ou aimes-tu le discours amoureux connecté ?”

JP : “Alors moi, je crois que je fais une fusion entre le côté traditionnel, je suis mariée, cela a un côté en surface traditionnel. C’est faux, les nouveaux punks se marient parce personne ne te force à le faire. C’est toi qui prend ton putain de courage à deux mains et te dire “puisque je le sens, j’y vais”. Mais j’utilise beaucoup les réseaux, j’adore le sextotage bien utilisé.”

ABN : “Alors t’es plutôt sexto que texto?”

JP : “Ah ouai je suis plutôt sexto à fond, oui oui”

ABN : “Cela entretient le couple pour toi ?”

JP : “A fond ! Je suis persuadée que cela doit être utilisé dans le couple. C’est beaucoup utilisé pour les amants mais dans le couple qui est déjà installé on n’ose pas trop parfois. C’est dommage. Moi je crois que dans le couple c’est génial. Moi je suis de celles qui sextotent à son amant favori, c’est-à-dire mon mari, je suis de celles qui prennent des hôtels à Paris alors que je vis à Paris, je prends une babysitter et je vais coucher avec mon mari à l’hôtel. C’est des choses qui me paraissent vachement importantes, à fond dans la modernité.”

ABN : “Tu vois plus ça dans le domaine de l’amour que dans celui du porno ?”

JP : “Oui. Le porno, j’en ai parlé que très récemment.”

ABN : “Surtout le terme “porn” qui s’applique non stop.”

JP : “Moi, c’est un concept qui m’échappe. Comme sur Instagram, je vois des photos de gens qui mangent et qui postent commentaire #Pornfood. Je ne comprends pas. Je compare souvent le sexe et la nourriture. Je dis tout le temps que l’on choisit ses amants comme on choisirait ses bons ingrédients pour son alimentation. Je dis aussi que dans l’alimentation on trouve de tout : du fastfood et de la gastronomie. Dans le sexe c’est pareil. Mais dans la pornographie aussi c’est pour ça que je n’ai rien contre. Mon album est tout à fait révélateur d’un autre média pour parler de sexe, d’amour, de romantisme et de cul mais différemment. Moi je dis non à rien il faut juste choisir. Je suis contre l’interdiction. Ca m’insupporte qu’on interdise des choses. On est tout à fait capable de choisir en matière de cul comme de tout.”

ABN : “Ton album est une déclaration à ton mari ?”

JP : “C’est une déclaration d’amour à la jeunesse avant tout. Parce que encore une fois dans le contexte c’est ce qui m’a paru le plus vibrant et le plus nécessaire. Je l’ai pensé comme une déclaration publique”

ABN : “Dans le texte Eros tu écris “Tu m’envahis de ton odeur ambrée » Est-ce que t’es étonnée que d’écrire une phrase comme ça, qui a l’air très simple en 2016, devienne quasi une provocation?”

JP : “Je suis très étonnée (rires) je reste encore étonnée. C’est dément, c’est un gros gros problème d’ailleurs, cette pudeur, cette censure. Ce sera l’objet d’un livre que je suis en train d’écrire .”

ABN : “Tu as le titre du livre ou c’est off ?”

JP : “Non c’est off pour l’instant, mais en tout cas c’est un manifeste pour la fin de l’année parce que justement ça me trouble beaucoup. Depuis mon premier album, en 2010, je me demande comment c’est possible que je paraisse révolutionnaire. Je ne m’attendais pas à cette réaction. Maintenant j’en ai pris mon parti, j’en joue. Je crois comprendre qu’en fait c’est ce qui se passe avec la culture du “porn”. On peut parler d’éjaculation faciale, de sodomie, de Gangbang, mais dire comme je me sens bien là et “ j’aime sentir l’odeur ammoniacale que sous tes aisselles le bonheur exhale” ça en choque plus d’un. Je suis persuadée qu’on va trouver un moyen d’évoluer mais c’est vrai qu’il y a une aseptisation, bien sûr on se rase, on se coupe des odeurs, on veut éliminer.”

ABN : “Tu milites pour le retour du poil !”

JP : “Je suis pour le retour du poil et des odeurs car ça fait partie de l’amour. C’est hyper important l’odeur c’est quand même fou d’en arriver à se mettre du parfum, du déo. C’est le comble. Des jeunes filles de moins de 18 ans consultent des gynécos pour se faire raboter les lèvres parce qu’elles pensent qu’une bonne vulve c’était court, rose pâle, petit, et du coup, la moindre différence paraissait anormale. J’avais écrit la chanson “J’aime mon vagin” pour répondre à ça. J’avais été hyper choquée de savoir que certains médecins faisaient cela.”

ABN : “Ce n’est pas un morceau qui apparaissait hors album ?”

JP : “Il est sorti hors album.”

ABN : “Tu ne voulais pas l’intégrer à Docteur Love ?”

JP : “Ca a été un questionnement, car au départ ça devait être le single du nouvel album.”

ABN : “Il a beaucoup tourné.”

JP : “Mais oui il a tellement tourné, a fait parler de lui, que du coup j’ai décidé de ne pas le mettre dans Docteur Love car je voulais des choses neuves, post 13 novembre.

Je me suis dit qu’il avait eu la chance d’être bien mis en avant. Je ne suis pas contre les remixs, j’ai des propositions, qui arrivent dans ce sens-là. Docteur Love sortira le 25 mars.

 

Docteur Love disponible disponible sur Itunes dès le 25 MARS (9,99€).

couverture album Dr Love by Julia Palombe