L’auteure caustique des Merveilles (2011, Grasset), des Couplets (2013, Grasset) ou du décalé Eux ( 2014, L’Olivier) signe un recueil de 21 nouvelles, 21 portraits de Messieurs, tous amoureux du désir.., des fantasmes.. Un jeu de l’amour ? Sûrement ! Mais pas du hasard !

 

Amélie Blaustein Niddam pour HAPPYLOVERS : Chère Claire, pourquoi ces « Messieurs » sont-ils vieux ?

Claire CASTILLON : Oh! ils sont vieux par rapport aux jeunes femmes qu’ils côtoient, mais je vous assure que certains d’entre eux ont cinquante ans ! Il y en a même un (Jean-Loup) qui en a 33 si je ne m’abuse…

 

Vos messieurs sont différents, comment les avez-vous castés ? Est-ce que vous avez voulu réaliser un portrait de génération ? 

Je n’ai pas voulu réaliser un portrait. J’ai voulu peut-être, mais sans le formuler ainsi dans ma tête, donner la parole à Lolita. Les Messieurs, c’est le point de vue de Lolita, à qui Nabokov ne donne jamais la parole puisque c’est toujours Humbert Humbert qui parle. (Vladimir était super misogyne.) Sauf que Les Messieurs, ce n’est pas Une, mais 21 Lolita !

 

Quels sont leurs points communs ? Sont-ils plus branchés Tinder ou jeux de regards appuyés au hasard d’une rencontre ?

Je ne sais même pas ce qu’est Tinder. Je crois que c’est un cœur sur les écrans d’iphone; à moins que le cœur soit l’appli-santé ? En tout cas, « mes vieux » sont assez classiques oui, et dans leur élan, et dans leur charme, et dans leur technique. Ils sont un peu prévisibles aussi. Alors j’ai pu les attendre au tournant.

 

Est-ce que vous défendez une idée vintage des relations amants-maîtresses, loin du monde connecté ?

Je ne défends rien, je pense qu’il n’y a rien de plus vibrant, qu’un portable qui vibre, quand on a quelqu’un dans la tête. Mais d’un point de vue personnel, et s’il s’agit de séduction, rien ne me va mieux que la drague à l’ancienne. Je tolère le sms mais si un jour on se permet de me liker, ça risque de me gonfler ! J’aime bien les mots aussi. Mon mari m’écrit des mots parfois, je les garde. Quand il y en a moins, je m’inquiète. Alors j’envoie un sms!

 

Pensez-vous que les nouveaux modes de drague servent les relations adultères à l’ancienne ?

Alors là je n’en ai aucune idée. Je ne sais pas ce qu’est un adultère à l’ancienne. Un adultère, c’est un adultère. On s’en débrouille comme on veut mais ce qui compte, c’est la pensée. Quand on est ailleurs, on est ailleurs. Même sur un ordinateur, un téléphone ou peut-être que je ne suis pas au courant et que tout le monde a déjà des cartes sim dans la pupille.

 

Ces 21 jeunes filles pensent-elles que les hommes de leurs âges ne peuvent pas comprendre leur désir ?

Alors sur ces 21 jeunes femmes, je pense qu’il y a de tout : il y a aussi cette femme de 40 ans qui a vécu vingt ans plus tôt une passion pour son prof de thèse et qui se retrouve, vingt ans plus tard et par fidélité sans doute, la maîtresse d’un très-très vieux. Elle aimerait un homme de son âge. Je pense qu’elles ont des vies et des histoires différentes. La tentation de l’autorité protectrice, du savoir, du respect aussi, est forte chez la jeune femme découvrant l’amour. Ce thème offre un nombre infini de combinaisons possibles, selon que le « vieux » est – prédateur, pervers, cynique, mufle, ou au contraire faible, vulnérable, sentimental – et la jeune fille  naïve – ingénue, candide, innocente, voire stupide, ou au contraire : séductrice, rouée, allumeuse. Autant de scènes où se jouent l’infinie comédie du masculin et du féminin…

 

Claire Castillon, Les messieurs, Olivier, mai 2016, 16,50 €