Le bondage se réfère à d’anciennes pratiques érotiques japonaises.
L’esthétisme asiatique séduit aujourd’hui un plus large public : des jeunes curieux et des couples amoureux.

Pour apprécier et comprendre l’oeuvre littéraire et son auteur, il faudrait d’abord se débarrasser de l’équivoque du masochisme, de ses interprétations cliniques et philosophiques. Le conseil est donné par Pascal Quignard en quatrième de couverture de son essai sur le fascinant Sacher-Masoch : L’être du balbutiement (Gallimard, 2ème édition de 2014). Se défaire des équivoques, des jugements hâtifs et des raccourcis faciles : même conseil au lecteur de l’article qui va suivre. Une fois averti, celui-ci pourra tourner son carton et y lire l’invitation. Pénétrer, s’il le souhaite, un monde fascinant peuplé d’hommes et de femmes qui conjuguent le fantasme au réel. Des personnes qui s’aiment et se désirent, des corps qui se dominent. Des membres qui se contractent et des cordes que l’on tire. Lorsque le sexe devient art, lorsque le sujet s’élargit : Welcome ! Oui, Bienvenue ! Dans l’univers (sauvage) du bondage.

« Il faut être attaché pour qu’elles n’attachent pas
(…)
Il faut s’attacher pour se défaire de l’attachement » (1)

bondage

Encorder son partenaire, le dominer et le rendre prisonnier. Se faire ligoté(e), bâillonné(e), sentir le vertige de l’abandon du corps, pour l’autre mais aussi pour soi. Le bondage se réfère à d’anciennes pratiques érotiques japonaises, elles-mêmes héritières de techniques extrêmes de répression policière. Le zainin shibari, « shibari des coupables », est repris dans le kinbaku (appelé aussi shibari) où la corde, jusqu’alors symbole de la loi, devient objet fétichiste. La pratique réjouit les amateurs de sadomasochisme qui s’exercent dans la pénombre de leur chambre et de leurs clubs mais elle s’invite aussi dans d’autres lits. Aujourd’hui, l’esthétisme asiatique séduit un plus large public : des jeunes curieux et des couples amoureux. Le bondage ose la lumière.

C’est pourtant bien « dans la pénombre du vestibule aux murs rouge sang » que le web magazine Street Press a rencontré, en avril dernier, le Maître du célèbre club fétichiste parisien du XVIIe arrondissement : Cris et Chuchotements. Ce jour-là est un peu particulier, les sadomasochistes ont fait place à des visages de bons élèves. Et pour cause. Derrière les murs, ou plutôt au sous-sol, se cache une structure d’un tout nouveau genre : découvrir le shibari et apprendre à (s’) attacher, telles seront vos missions si vous les acceptez. À l’Ecole des Cordes, depuis quatre ans on mêle la pratique à la théorie : topo historique, technique des nœuds et suspensions, principes de sécurité. Le bondage est un art dont il faut apprivoiser les règles, sept niveaux sont proposés.

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D’autres lieux parisiens ont fait du ligotage leur spécialité. XIXème arrondissement, métro Télégraphe, Place des Cordes. Au fond d’une cour, un atelier discret où on ôte ses chaussures à l’entrée. A l’intérieur, le souffle des corps contraste avec le silence des cordes. On observe et on contemple avant de s’avancer. Là aussi des cours sont proposés, des workshops et même des représentations. L’enseignement est ludique, varié et surtout délesté de tout aspect sexuel. Pas besoin de ça pour s’attacher, pas toujours. Le bondage comme thérapie et comme activité sportive, hors SM, hors sexe  : variantes d’une pratique. Sur le site, on lit : « La Place des Cordes c’est un lieu de recherche, une nouveauté, ouverte à tous les curieux (…) c’est un espace de découverte et de rencontre pour tous ceux qui se retrouvent dans la pratique des cordes mais c’est aussi un espace de repos et de calme (…) ». Cyril Grillon, ancien patron de café de 42 ans et co-fondateur du concept y croit. Ses 160 adhérents et 300 visiteurs le confortent dans son idée. Envie d’en (sa)voir plus ? Gourmands que vous êtes. On vous propose alors la visite du Tumblr dédié au lieu, une sélection de clichés pris lors de performances y est présentée.

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Derrière la découverte se trouve bien souvent la clef d’un plaisir inconnu. Vous connaissez maintenant quelques adresses. Du sport, du psy et peut-être même de belles histoires de cul…

(1) A propos du Chant des Sirènes. L’Etre du balbutiement, Pascal Quignard, Gallimard, Collection Essais, Mercure de France, 1969, p. 118-119.