On est ravi. D’ailleurs, lundi matin, devant les Oscars qu’on a maté en direct grâce aux codes Canal de notre cousine, on a fait péter le champagne. Notre premier amour a enfin reçu la reconnaissance qu’il méritait et qu’on a tant tardé à lui accorder. Il aura fallu plus de 30 films, pour que Leonardo DiCaprio se voit enfin remettre l’Oscar du meilleur acteur et avec, la statuette dorée, par tous si convoitée. Devant les larmes de joies versées par Kate Winslet, alors qu’on tentait de contenir les nôtres, on s’est baladé dans nos souvenirs et on s’est rappelé vingt ans d’histoire avec Leo le magnifique.

Il faut dire qu’il est le seul à pouvoir nous faire raquer une place de ciné à 12e (+ popcorns = 17 euros) pour aller suivre les aventures d’un homme des cavernes du 19e qui passe sa vie à hurler de douleur/se trainer dans la neige/ se battre avec des ours/dormir dans des animaux morts, et tout ça dans une ambiance humide, grave et froide.

Sans lui, pas si sûr que brandir un ticket de ciné usé du Revenant aurait été la quintessence de la classe et du boboisme bien pensant. Mais ouf ! Grâce à Léo, on sait désormais tous qu’il était une fois, dans une Amérique sauvage un trappeur* nommé Hugh Glass, porté par l’incandescence de son amour pour les siens, s’embarqua dans une odyssée homérique et enneigée, afin de se venger de ceux qui l’avaient laissé pour mort dans une forêt, en proie aux impitoyables éléments et aux grands mammifères carnivores…. Fascinant, non ?

Et si Léo est en mesure d’élargir nos esprits et nos perspectives cinématographiques, c’est parce qu’en fait, on a quasiment élevé les cochons ensemble.

Durant toute notre adolescence, les murs de nos chambres étaient retapissés avec des posters à son effigie collés à la pâte à fixe jaune – comme celui-ci par exemple.

image film Romeo et Juliette avec Leonardo DICAPRIO

C’est avec Roméo + Juliet que tout a commencé. Léo la belle gueule, Léo coupe-sexy-« j’aimerais-bien-que-mon-mec-ait-la-même », Léo je-te-veux. On se plaisait à s’imaginer en Juliette et on aurait pu se pointer à la prochaine boum avec des ailes d’ange, personne n’aurait rien trouvé à redire.

Un an après, Léo est devenu Jack. Jack Dawson. Et là, tout a basculé. On a tout acheté, posters, livres, étiquettes, morceaux de pellicules… Titanic, le film aux deux milliards de recette s’est transformé en religion, en culte, objet de fanatisme. Rose et Jack ont rejoint Roméo et Juliette sur notre papier peint, le mal était fait ; personne n’arriverait jamais à sa cheville. (20 ans plus tard, voir toutes les dates Tinder ratées).

photo film Titanic Leonardo Dicaprio

La suite, on la connaît. Malgré toute la peine qu’il semble s’être donné pour se défaire de cette image de playboy qui nous plaisait bien à nous, on a vu tous ses films, on a assisté à sa fulgurante ascension, on a été témoin de l’explosion de son talent. Aujourd’hui, malgré sa barbe et son sérieux, Leo reste toujours Leo, le premier mec avec qui on aurait volontiers partagé notre goûter.
Mais quelque part, on peine à effacer totalement le souvenir de Jack. La finesse de ses traits, le bleu de son regard alors qu’il repousse cette mèche blonde et rebelle derrière son carnet de dessins, sa simplicité, sa légèreté, sa propension et sa capacité à accepter ce que la vie lui offre et la croquer à pleines dents…
Par la suite, on ne peut pas dire que Jordan Belfort, Howard Hugues, ou Billy Costigan soient épris d’un amour manifeste pour la vie. Bien sûr, on ne lui reproche pas ses choix post Titanic (on n’a pas entièrement élevé les cochons ensemble). Son talent n’aurait pu éclore et s’imposer ailleurs qu’à travers l’interprétation de rôles complexes, investis, torturés.
Cependant, lundi matin, surprise ! Les yeux rivés sur notre télé, on s’est retrouvé 20 ans en arrière, quand Jack hantait les plus inavouables de nos pensées, quand Léo était ce gosse un peu voûté qui nous faisait tant rêver.
A quelques détails près, on les a retrouvés nos héros naufragés. Après toutes ces années, Jack et Rose, le couple le plus fantasmatique du cinéma mondial a foulé le tapis rouge post-remise d’oscar, comme s’ils ne s’étaient jamais quittés. Kate pleurant, riant, l’enlaçant. On a pu voir la paire, comme il y a 20 ans, intacte après tout ce temps.
Alors ce lundi matin, épuisé et soulagé, on s’est ému. On a souri de les voir heureux, de les voir s’aimer après que tant d’eau se soit écoulée. On a souri à l’idée que même si Jack, il y a bien longtemps s’en est allé, aux yeux de Kate, Leo n’a pas changé.